.
.
Par: Irene S. Levine, Clinical Professor Psychiatry, New York University School of Medicine, PhD
Seul et envie de boire? Avez-vous déjà eu l'impression que votre “âge d’or” a perdu de son “éclat” ?
Il peut y avoir toutes sortes de raisons qui nous poussent à boire pour oublier: un carnet d'adresse qui se vide peu à peu des amis et parents (déménagement ou disparition), des problèmes de santé avec un impact négatif sur sa capacité à se déplacer, une baisse de l’audition, etc. Petit à petit, beaucoup de personnes âgées finissent par se sentir isolées et horriblement seules. Boire pour oublier quelque chose ou boire pour oublier quelqu'un, quelles sont les raisons qui nous poussent à boire seul.
Dans cet article:
L'alcool pour compagnon
Une épidémie invisible
Les facteurs aggravants de la consommation d’alcool
Premiers signes
Trouver des solutions pour ne plus boire seul
Liens Relatifs
Lorsque des personnes âgées ont l'impression de se sentir seules, sans rien avoir à faire et nulle part où aller, l'alcool peut se transformer en compagnon facile et bon marché pour oublier leur solitude.
Un verre de vin peu couteux au déjeuner, puis un autre au dîner, ou quelques bouteilles de bière devant la télé, semble être un bon moyen de se détendre, de se sentir bien, de soulager une douleur, d'arriver à dormir ou de retrouver des souvenirs agréables d'une époque partagée avec son conjoint ou de bons amis.
Généralement, boire seul chez-soi est une conduite socialement et culturellement acceptée pour les adultes. Malheureusement, cela rend la recherche du réconfort dans l'alcool encore plus facile et tentante pour les personnes âgées. Quelle est la fréquence de ce comportement ?
En dépit de l’image d’alcoolique débraillé et traînant dans la rue, des chercheurs ont découvert une véritable "épidémie invisible" de l’alcoolisme chez les personnes âgées, que ce soit parmi les hommes ou les femmes, vivants seules3.
On estime que près de 17 % des personnes âgées de 60 ans et plus ont un problème avec la boisson. Une étude des seniors âgés de 60 à 94 ans et vivant seuls chez eux a montré que 62 % consommaient de l'alcool dont 6 % plus de deux boissons par jour4. Des enquêtes suggèrent que la prédominance des problèmes de boisson dans les maisons de retraite pourrait atteindre 49% 1.
Ce problème est largement ignoré puisqu’il se cache derrière des portes closes. Les clubs et les bars attirent les jeunes et boire lors de soirées entre amis est considéré comme la norme1. Les personnes âgées quant à elles, le font chez elles, dans leur maison, leur appartement, ou leur maison de retraite. Etant donné que la plupart d’entre elles n'ont pas besoin d’aller au travail, il est fort possible qu'ils n'aient pas le même nombre de liens sociaux. Leur problème de boisson n'est alors souvent pas remarqué par les membres des familles et les amis proches.
Bien que les personnes âgées consultent en général leur médecin traitant plusieurs fois par an, ces derniers ne détectent pas les problèmes de boisson lorsqu'ils apparaissent3. Manquer de reconnaitre les symptômes de l’alcoolisme chez les personnes âgées peut amener des erreurs de diagnostic : la cause de leurs chutes, leur confusion mentale, les accidents de la route et autres impactes de l'alcoolisme sur la maladie ou le processus de vieillissement lui-même.
Elles peuvent aussi essayer de cacher leur consommation d'alcool à leur médecin. Et même lorsqu'il suspecte un problème de boisson chez une personne âgée, il peut se sentir embarrassé ou trop occupé pour s'en charger, voire trop conciliant en se demandant “qu'est-ce que ça peut faire si ces personnes trouvent un peu de réconfort dans l'alcool ?” Imaginer des personnes âgées dans la peau d'alcooliques n’est pas chose simple.
La combinaison de l'âge, de l'alcoolisme et de problèmes médicaux peut causer de sérieux problèmes pour les seniors. Pour toutes sortes de raisons, les personnes âgées supportent moins bien les effets de l'alcool5. Les adultes de plus de 65 ans ont toutes les chances d'avoir au moins un problème de santé chronique les rendant particulièrement vulnérables aux effets de l'alcool. Par exemple, l'alcool peut aggraver une hypertension préexistante, un problème cardiaque, un diabète, la perte de mémoire, etc. Boire beaucoup s'accompagne d'un lourd tribut : cela peut endommager le cerveau de façon définitive, de même que le système nerveux central, ainsi que des organes comme le foie, le cœur, les reins et l'estomac.
Il existe aussi un certain nombre d’idées préconçues sur les bienfaits possibles de l'alcool. La plus connue est que la boisson aiderait à s’endormir alors qu'en réalité fait elle ne fait qu’empirer les insomnies et augmenter le nombre de réveils pendant la nuit.
Mélangé avec des médicaments prescrits ou achetés sans ordonnance, l'alcool augmente en général dramatiquement la survenue de problèmes de santé inattendus pouvant même se révéler mortels. De plus, son impact négatif sur l’observance d'un traitement est loin d’être négligeable : en buvant, certaines personnes oublient de prendre les médicaments prescrits essentiels à leur bien-être4.
Les normes utilisées pour définir une consommation d'alcool "modérée" chez une personne âgée de 40 ans ne s'appliquent pas à celle de plus de 60 ans. L’Institut National contre l’Alcoolisme et l’Abus d’Alcool (NIAAA) définit une consommation de boisson "modérée" chez les seniors comme à 1 bière de 33 cl ou 14 cl de vin ou 4,5 cl d’eau de vie par jour : c’est-à-dire pas plus d'une bière, d'un verre de vin ou d'une dose de liqueur par jour1.
Dans la mesure où le terme de « senior » englobe une classe d'âge s'étalant sur plus de 40 ans et que leurs conditions diffèrent les unes des autres sur de nombreux points (y compris l’état de santé et les médicaments utilisés), chaque personne devra voir sa consommation régulée en fonction de ce qui est approprié pour elle grâce à l’avis de son médecin.
L’Institut Nationale de l’Age (NIA) a identifié plusieurs signes qui aident à déterminer si une personne a un problème avec la boisson2 :
• Boire pour se calmer
• Perte d’appétit
• Mentir ou essayer de cacher ses habitudes de consommation d’alcool
• Boire le plus souvent seul
• Se blesser, ou blesser quelqu'un d'autre après avoir bu
• Se saouler plus de 3-4 fois par an
• Avoir besoin d'une grande quantité d'alcool pour se sentir “saoul”
• Etre irritable après avoir bu
• Avoir des problèmes sociaux, financiers ou médicaux à cause de la boisson
Le fait de reconnaître avoir un problème de boisson est le premier pas pour le régler. Vous trouverez ci-dessous plusieurs conseils pour remédier à la solitude et éviter une utilisation inappropriée de l'alcool :
• Allez vers les autres :
Prenez l'initiative de parler à un voisin, un parent ou un ami. Au début, vous hésiterez peut être à aller vers un étranger, mais vous verrez que la plupart des gens répondent favorablement à un sourire, un salut ou un geste amical. Intéressez-vous à certains aspects de leur vie (leur travail, leurs loisirs ou leur famille). Racontez-leur quelque chose sur vous. Essayez de trouver des centres d'intérêt communs. Une fois que vous vous serez habitué à aller vers les autres, vous verrez que cela deviendra de plus en plus facile.
• Aidez quelqu'un d'autre :
Les gens se sentent toujours mieux lorsqu'ils peuvent aider quelqu'un d'autre. Portez-vous volontaire dans un centre pour personnes âgées ou dans une association. Lorsque les personnes âgées donnent de leur temps et de leur expérience aux plus jeunes, les deux groupes s’en retrouve enrichis. De nombreuses maisons de retraite ont des programmes de rencontres transgénérationnels au sein de la communauté : jouer avec des enfants dans les jardins, faire la lecture à de jeunes enfants ou aider des jeunes travailleurs en partageant vos compétences dans ce qui était autrefois votre propre domaine. Si vous ne pouvez pas quitter votre domicile, essayez de devenir correspondant téléphonique pour quelqu'un tout aussi seul et vivant près de chez vous.
• Surfez sur Internet :
De plus en plus de personnes âgées apprennent à utiliser Internet pour trouver des informations, réaliser des activités ou des loisirs et communiquer (email, chats) avec la famille, les amis et d'autres seniors. Les possibilités des nouvelles technologies Internet sont si vastes qu'il y a de fortes chances pour que vous trouviez des opportunités de rencontre et de connexion avec des personnes partageant vos centres d'intérêt. Votre bibliothèque/médiathèque locale ou votre club du 3ème âge vous aidera à identifier ces groupes de soutien ou les forums.
• Vous pensez qu’un membre de votre entourage à un problème de boisson ?
Souvenez vous que boire ne résout aucun problème, pas même celui de la solitude : cela ne fait qu’empirer les choses.
Si vous pensez que vous-même ou quelqu'un de votre entourage, boit trop ou trop souvent, vous devez faire quelque chose. Si vous suspectez un problème et que vous avez besoin de conseils pour savoir comment le gérer, parlez-en à votre médecin ou à un proche.
Nombreux sont ceux qui trouvent que les réunions des Alcooliques Anonymes (A.A.) leurs offrent la force et l'assistance pour surmonter les problèmes de boisson. D'autres seniors sont plus à l'aise en cherchant une assistance auprès de gens de leur âge, dans des programmes pour le 3ème âge. Vérifiez quelles sont les ressources proposées localement et faites le choix qui vous semblera bon pour vous.
Gardez toujours à l'esprit que quel que soit votre âge, l'alcoolisme est une maladie qui peut se soigner. N'ayez pas honte de demander de l'aide. Votre santé, à la fois physique et mentale, est en jeu.
Pour plus d'informations sur les Alcooliques Anonymes
Aidez vos proches à surmonter L'alcoolisme (Broché), Jérôme Palazzolo
Pour en Finir avec l'Alcoolisme. Réalités scientifiques contre idées reçues (Broché), Philippe Batel
ProcheDeMalade.com - Il/elle souffre d’alcoolisme
Notes de bas de page
1. NIAAA. “Alcohol and aging”, Alcohol Alert, No. 40, April, 1998.
2. National Institute on Aging. “Aging and Alcohol Abuse”, Age Page, 1995.
3. U.S. Department of Health and Human Services. “Substance abuse among older adults”, Treatment Improvement Protocol (TOP) Series 26, Rockville: DHHS Publication No. (SMA) 98-3179, 1998.
4. Rigler, SK. “Alcoholism in the elderly”, American Family Physician, Vol. 61, P. 1710-16, 2000.
5. Institute of Alcohol Studies. “Alcohol and the Elderly”, IAS Fact Sheet, June 1997.
En aucun cas, les informations données se substituent à une consultation, une visite ou un diagnostic formulé par votre médecin.
PUBLICITE
Poster un nouveau commentaire